Témoignage – « Le Distilbène a brisé ma vie »

0 Commentaires / 165 Vues / 25 octobre 2012

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Nouvel Observateur

PARIS (Sipa) — Marguerite, 42 ans, vit en banlieue parisienne avec son mari. Le couple n’a pas d’enfant. La faute au Distilbène, cet oestrogène de synthèse censé prévenir les fausses couches et prescrit en France jusqu’en 1977. Exposée au médicament dans le ventre de sa mère, Marguerite est stérile. Elle fait partie des 80.000 « filles Distilbène » estimées en France qui attendent sans doute avec impatience l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, rendu vendredi, qui statuera sur le cas de Marie Elise Ferrero-Pesenti. Si la justice lui donnait raison, les ordonnances d’origine ne seraient alors plus indispensables aux victimes pour engager des poursuites et il appartiendrait aux laboratoires de prouver que la victime n’a pas été exposée à leur produit. Une manière d’obtenir le renversement de la charge de la preuve.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121025.FAP1911/temoignage-le-distilbene-a-brise-ma-vie.html

 

Durant les 34 premières années de sa vie, Marguerite a tout ignoré du problème qui la touchait. La première alerte s’est produite lors d’une visite de routine à son gynécologue. « J’étais allongée sur la table d’examen et le gynéco m’a demandé si ma mère avait pris des médicaments durant sa grossesse. D’anciennes lectures que j’avais pu faire sur le problème du Distilbène aux États-Unis me sont alors revenues en mémoire. J’étais dans tous mes états », explique la jeune femme à Sipa. Lorsqu’un second examen confirme que Marguerite souffre d’une déformation de l’utérus, conséquence connue de l’exposition in utero au Distilbène, c’est le coup de massue. « Les médecins n’ont pas clairement parlé de stérilité mais je me suis évanouie, comme si mon corps avait compris ».

« J’ai dit à mon mari qu’il pouvait me quitter »

À ce moment-là, Marguerite et son compagnon n’ont pas encore tenté d’avoir un enfant mais c’est un projet dont le couple discute depuis longtemps. « Dès le deuxième examen, j’ai arrêté la pilule et on a avancé le projet bébé », se souvient-elle. Dans un premier temps, la jeune femme refuse le parcours de procréation médicale assistée (PMA) qu’on lui propose. « À cause du Distilbène, j’avais perdu toute confiance en la médecine, en ses diagnostics, en ses méthodes pour ‘aider la nature' ». Après deux années de tentative par la méthode naturelle, Marguerite se résout à tenter le « parcours du combattant » de la PMA. C’est seulement le jour où celui-ci commence qu’un médecin finit, « brutalement », par mettre un nom sur ce dont elle souffre: « En bas de la feuille de soin, deux mots étaient inscrits: stérilité primaire. Ça a été un énorme choc, j’ai lutté pour ne pas m’effondrer. »

« Le Distilbène a quasiment tout cassé dans mon ventre, il a brisé ma vie », s’indigne aujourd’hui Marguerite. « J’en suis même arrivée à dire à mon mari que s’il le souhaitait, il pouvait me quitter ». Mais le couple tient bon malgré son rêve brisé de concevoir un enfant. La famille et l’entourage sont également mis à l’épreuve. « Quand elle a su, ma mère en a fait des cauchemars, elle se sentait coupable. Quant à l’entourage, j’ai découvert à quel point la stérilité peut faire peur aux gens: je me sentais traitée comme une pestiférée », raconte la victime. Sa douleur, sa colère, Marguerite a choisi de les investir dans une action en justice contre les laboratoires qui ont distribué le Distilbène. « Pour ne pas se laisser faire, et aussi pour que ça ne recommence pas ». La procédure, entamée il y a deux ans, promet d’être longue. Sur le plan personnel, elle s’est plongée avec son mari dans une autre aventure de longue haleine: l’adoption. « Avec le risque que ça n’aboutisse pas et que je n’aie jamais d’enfant. C’est incertain mais ça reste un espoir… »

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