Adoption : Faut il changer le prénom de l’enfant ?

0 Commentaires / 45 Vues / 5 mars 2015

source l’ Express

Changer ou non le prénom d’un enfant adopté est avant tout une affaire de famille. Entre héritage du passé et symbole d’une nouvelle vie, l’adoption doit-elle passer par un changement de prénom?

« Changer ou non le prénom d’un enfant adopté, c’est un sujet qui génère beaucoup de discussions inappropriées et qui en dit long sur la façon dont sont traitées les familles adoptives », prévient d’entrée de jeu Jean-Vital de Monléon, pédiatre, spécialiste de l’adoption et auteur de Naître là-bas, grandir ici: l’adoption internationale. « Il faut aller au-delà des idées reçues sur l’adoption. Non, il n’est pas forcément mauvais de changer le prénom de l’enfant même quand il est grand », poursuit-il, à l’opposé de Françoise Dolto, qui s’était affichée résolument contre le changement de prénom.
Le médiatique pédiatre Marcel Rufo émet lui aussi un avis catégorique sur le sujet. « Lorsque les enfants ont déjà un prénom donné par leur mère ou leur père, il ne faut pas changer de prénom. Il faut leur laisser ce prénom en mémoire et en héritage de quelqu’un qui, pourtant, les a abandonnées », déclarait-il dans son émission Allo Rufo, sur France 5, précisant toutefois qu’en consultation, il ne voyait que les zones sombres de l’adoption. Jamais les adoptions réussies.
Fanny Cohen-Herlem, pédopsychiatre et psychanalyste, auteure de L’adoption, comment répondre aux questions des enfants?, suit les parents puis leurs enfants, de la demande d’agrément jusqu’au suivi post-adoption. Son avis se rapproche de celui du docteur Jean-Vital de Monléon, qui conseille de réagir au cas par cas. « Il y a de toute façon toujours une histoire individuelle à prendre en compte. Le prénom n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il permet de s’interroger sur ce que l’on sait de l’histoire des enfants et sur ce qui fait sens dans la filiation », précise-t-elle. Ainsi faut-il prendre en compte différents facteurs avant de faire le choix décisif autour du prénom, qui pour toutes les familles, n’est jamais laissé au hasard.
« Certains prénoms ne rendent pas service à l’enfant », explique simplement Fanny Cohen-Herlem. De par leur sens dans la langue française ou parce qu’ils sont difficilement prononçables en français comme Tematamaruinanaiterai, qui a pourtant une jolie signification en polynésien, « Petite fille aux yeux tendres qui regarde le ciel ». Parfois, néanmoins, le prénom d’origine s’impose aux parents. C’est le cas pour Christelle et son mari, qui ont adopté un petit garçon de trois ans, en 2009. « Nous voulions changer son prénom pour lui créer une nouvelle vie, une nouvelle naissance. Nous avions le prénom depuis longtemps mais après avoir vu notre petit Sergeï, tout est devenu limpide. C’est un prénom peu courant en France. Il sonne bien avec notre nom de famille et nous souhaitions lui apporter un peu de ses racines », raconte Christelle.
L’histoire du prénom
« Le prénom d’un enfant adopté n’est pas nécessairement attribué par ses parents biologiques », rappelle Jean-Vital de Monléon. Les prénoms peuvent être donnés de façon mécanique, par les organismes d’adoption, suivant une liste ou selon les circonstances, comme cet enfant prénommé comme un homme politique du fait de sa coupe de cheveu à la naissance ou cet autre dont le prénom signifiait « malvenu ». Les parents ont alors peu de raisons de s’attacher au prénom d’origine de leur enfant. C’est le cas de Mélanie et son mari: « Lorsque nous avons adopté notre fille, elle avait cinq mois et demi. Elle n’avait pas d’histoire attachée à son prénom, puisqu’il ne lui avait pas été donné par ses parents biologiques. Nous l’avons appelée Janelle. Ce qui est amusant, c’est que Janelle n’est pas un prénom très répandu et que les gens pensent qu’il s’agit de son prénom d’origine. »
« En nommant son enfant, on le fait rentrer dans sa filiation. Filiation dont on voudrait priver les familles adoptives », souligne Jean-Vital de Monléon, montrant du doigt les vains projets de loi sur le sujet. Il arrive d’ailleurs que des enfants plus âgés (à partir de six ans), demandent d’eux-mêmes à changer de prénom. « Car ils sont conscients que c’est un facteur d’intégration, dans la famille et dans la société ».

Dans la famille de Guilhem, tous les premiers nés ont des prénoms commençant par la lettre G depuis dix générations. Il ne pouvait en être autrement pour son premier enfant. « Nous avions en tête depuis longtemps le prénom Gabriel », raconte Stéphanie, son épouse. « Lorsqu’on nous a présenté notre fils, il s’appelait Samuel, un prénom que nous aimions beaucoup, avec la même musicalité que Gabriel. Cela nous a fait hésiter, mais nous ne voulions pas casser la filiation. Nous avons donc gardé Samuel en deuxième prénom et l’avons appelé par ses deux prénoms pendant quelques semaines, le temps de laisser Samuel s’effacer. Leur prénom, c’est le premier cadeau que j’ai fait à mes enfants. Je ne leur ai pas donné la vie mais je leur ai donné un prénom », confie-t-elle.
Si il ne faut pas sacraliser à tout prix le prénom de naissance, il est important cependant de ne pas le faire disparaître complètement. Jean-Vital de Monléon insiste sur l’importance de le laisser en deuxième prénom. « Il est fondamental de conserver ce prénom, par respect pour l’histoire de l’enfant ». Le faire disparaître serait d’ailleurs pour Fanny Cohen-Herlem « une façon de nier l’existence d’un avant. Comment l’enfant pourrait-il devenir un sujet, qui pense, qui a une identité, si il doit se construire sur du sable mouvant? »

Source http://www.lexpress.fr/styles/enfant/adoption-faut-il-changer-le-prenom-de-l-enfant_1657133.html#OY6bpYAYK5UWMKSL.99

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